Le mouflon en Haut Languedoc

Pendant dix-huit ans, j’ai conduit les vacanciers de l’été sur les chemins du Haut Languedoc, les sentiers des massifs du Caroux et de l’Espinouse, en montagne magique. Dix-huit années durant lesquelles les rencontres avec le mouflon se sont multipliées, sur le plateau du Caroux et partout ailleurs sur cette superbe montagne, sur ses pentes et sur ses crêtes comme dans ses vallons et ses gorges les plus encaissées.
Chaque fois qu’il nous a été donné de rencontrer et d’observer l’animal, en quelque circonstance que ce soit, l’émerveillement a fait son œuvre. Un enchantement permanent, l’immense plaisir d’être spectateur de la vie sauvage, ne serait-ce que durant une poignée de secondes, souvent davantage. Le partage d’émotions bien réelles, nous le devons au mouflon, seigneur hiératique de la montagne du Haut Languedoc, roi de ses sommets.
Sa beauté, son élégante nonchalance et sa capacité à considérer avec indulgence (innocence ?) l’impudence humaine en font un hôte bien exceptionnel de cette montagne du Haut Languedoc.
Puissions-nous toujours considérer le mouflon comme un compagnon, un ami auquel aille toujours notre respect. Un rêve, désormais ? C’est possible. Dames cupidité, vanité et stupidité, rimant si bien ensemble et faisant souvent bon ménage, peuvent se transformer en autant d’armes tournées contre lui.

Jean-Marie

Une aventure de plus de soixante ans...

L’existence du mouflon en montagne du Haut Languedoc doit tout aux hommes. Avant le 12 mars 1956, il ne s’y trouvait pas encore. Deux femelles et deux mâles venus de Cadarache ont été lâchés ce jour-là au Pas de la Lauze, au-dessus de la vallée du Vialais. Le début d’une belle aventure… Que raconte avec précision Gilbert Massol dans « La Réserve nationale de faune du Caroux Espinouse, espace privilégié du mouflon de Corse », livre édité en 1991 (imprimerie Maraval de St-Pons de Thomières- Hérault).

Ensuite, les lâchers se sont succédé à intervalles plus ou moins réguliers : trois femelles et trois mâles, le 15 février 1959; trois femelles et deux mâles, le 2 mars 1960; trois femelles et trois mâles, le 23 octobre 1960. En quatre ans et demi, vingt-et-une bêtes ont été ainsi installées dans ce qui allait devenir une réserve nationale, embryon d’un futur Parc naturel régional.

Le temps a passé. Le mouflon, lui, a proliféré. Près d’un millier de têtes aujourd’hui qui tendent à élargir leur territoire. Malgré les braconniers des premières années et d’autres vicissitudes (lire par ailleurs, sur cette page, à propos des effets d’une chasse dévastatrice désormais développée).

Depuis les années « héroïques » du XXème Siècle, celles et ceux qui sillonnent l’Espinouse et le Caroux peuvent rencontrer celui qui en est devenu l’emblème. Au détour d’un sentier, à l’angle d’un rocher ou entre deux touffes de genêts. Méfiant mais curieux, le mouflon s’est habitué à côtoyer l’homme et ce dernier est peut-être le plus surpris, le plus heureux quand la rencontre se produit.

Habitants et randonneurs respectent l’animal qui participe désormais au tourisme local, pourvoie à une micro-économie tout en nettoyant un paysage qui, sans son acharnement de débroussailleur, n’aurait pas l’heur d’autant séduire. La chèvre qui entretenait autrefois les paysages a trouvé un digne successeur. Ce n’est pas le moindre mérite des responsables des « Eaux et Forêts » (maintenant « Office National des Forêts ») et de la Fédération de Chasse de l’époque.

Depuis le 2 juillet 2009, une « Maison du Mouflon et du Caroux » est ouverte par la commune de Rosis dans le hameau de Douch. Son objectif : Informer sur la protection des écosystèmes du massif du Caroux.

L’adaptation du mouflon à la montagne du Haut Languedoc

Des restes de mouflon dit « quaternaire » ont été retrouvés en France continentale (Lot-et-Garonne et Pyrénées Orientales). Il s’agit d’animaux de taille supérieure ou égale aux Argalis d’Asie Centrale. À l’heure actuelle, aucun autre reste n’est découvert en Europe.

Le mouflon de Corse est apparu sur l’île vers 3 à 4 000 av JC, très certainement à partir de mouflons anatoliens domestiqués. Idem pour le mouflon de Chypre et de Sardaigne.

Sur le continent, la première implantation de mouflons a été réussie à partir de 3 individus, à Cadarache en 1935. Ensuite dans le Mercantour en 1949 puis en Caroux et en Espinouse. Introduit avec succès dans des habitats très différents, le mouflon de Corse est considéré comme un animal doué d’une grande faculté d’adaptation. Cependant, le mouflon est avant tout un ongulé méditerranéen affectionnant des milieux présentant des espaces ouverts, un relief modéré, un sol sec et caillouteux.

À la suite de croisements « accidentels » avec des brebis est apparu le mouflon dit méditerranéen.

En termes de comportement, il s’agit d’un animal sociable qui vit en groupes plus ou moins mixtes selon les saisons. Le groupe matriarcal de base est composé de la femelle, de l’agneau et d’un jeune de 1 an. En période de rut et jusqu’en février, les groupes sont mixtes. La taille d’un groupe varie selon la disponibilité alimentaire, les saisons et la présence de prédateurs.

En Caroux et en Espinouse, la période de rut couvre essentiellement le mois de novembre. La gestation est d’environ 5 mois et les naissances d’agneaux ont lieu principalement en avril. Les naissances gémellaires sont exceptionnelles. La maturité sexuelle se situe vers l’âge d’1 an ½. Le mouflon mâle est polygame.

La gestion des massifs du Caroux et de l’Espinouse

principaux lieux de vie du mouflon en Haut Languedoc

Les massifs du Caroux et de l’Espinouse s’étendent sur 30 000 hectares, inclus dans le Parc Naturel Régional du Haut Languedoc. 1 724 hectares de cet ensemble constituent la réserve nationale de chasse et de faune sauvage du Caroux-Espinouse et 113 hectares sont soumis à un arrêté préfectoral de biotope. Enfin, 2 300 hectares sont intégrés dans le réseau Natura 2 000 (qu’est-ce que Natura 2000 ?).

Mis en place en 1982, un Groupement d’Intérêt Cynégétique (GIC) comprend 14 sociétés de chasse pour 12 communes. Les populations de mouflons sont gérées et suivies grâce à une collaboration entre les partenaires locaux que sont l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS), le GIC, l’Office National des Forêts (ONF) et la Fédération Départementale des Chasseurs (FDC)

447 mouflons ont été exportés entre 1974 et 1999 pour repeupler 15 territoires du Sud de la France. Depuis 1973, le tir de mouflons est inscrit au plan de chasse du massif. La progression du nombre des animaux tirés va de 3 en 1973-1974 à 433 en 2013-2014.

Des outils pour répondre à des questions

Pour répondre à certaines questions posées par les gestionnaires :

  • À quelles échelles spatiales gérer les populations de mouflons dans un système multi-usage (cynégétique, forestier, agricole et touristique ) ?
  • Quels prélèvements réaliser (quantité, qualité) et où les effectuer pour une gestion durable des populations de mouflons ?
  • Quel type de suivi des populations de mouflons mettre en place pour une gestion durable de celles-ci ?
  • Quels aménagements de l’habitat sont favorables pour une gestion durable de ces mêmes populations ?

des outils de gestion des populations de mouflons (méthodes indiciaires) et de l’habitat (pastoralisme, cultures faunistiques) ont été mis en place à l’échelle des massifs du Caroux et de l’Espinouse :

  1. Études temporelle et spatiale de la dynamique des populations : Mesures de dispersion, paramètres démographiques, structures épidémiologiques, flux génétiques (effets réserve).
  2. Sélection des habitats : Déplacements, taille du domaine vital, régime alimentaire, utilisation des habitats (dégâts), activités (impact du dérangement).
  3. Gestion des populations : Suivis d’abondance (pédestre, hélicoptère), suivis sanitaires, analyse des tableaux de chasse, indices de condition (poids, os long, taille des cornes), indices de reproduction (nombre de jeunes/femelles, âge de la première reproduction).
  4. Gestion de l’habitat : Cultures à gibier, gyrobroyage, pastoralisme, brûlages dirigés.
Mouflon en Haut Languedoc. Filet de capture

Devant un groupe de stagiaires, les explications d’Éric Marty, directeur adjoint de la Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage du Caroux-Espinouse, sur l’utilisation d’un filet « tombant » pour la capture de mouflons. Un certain nombre de mouflons est capturé sur la montagne afin d’assurer, notamment, le suivi sanitaire des populations : Rechercher les causes de mortalité des ongulés sauvages, étudier l’impact des maladies sur le fonctionnement des populations sauvages, rechercher les maladies partagées avec l’homme et les animaux domestiques. Afin d’affiner ce suivi, certaines bêtes sont « équipées » de colliers GPS ou émetteurs VHF. La plupart des captures réalisées en cages ou avec des filets « tombants » ont lieu en des endroits dont la pénétration est interdite au public.

On distingue trois grands groupes d’Ovis sur la planète :

Argaliformes

Les Urials de l’Asie du Sud-Ouest comprennent cinq sous-espèces. Ils sont un peu plus grands que le mouflon de Corse et que le mouflon méditerranéen, pouvant atteindre 99 cm au garrot et peser 90 kg. Les femelles sont toutes cornues.
Les Argalis d’Asie Centrale regroupent sept sous-espèces et sont bien plus grands encore : 116 cm au garrot et 180 kg pour les Argalis de l’Altaï.

Pachycériformes

Les Pachycériformes d’Asie et du Nord-Est de l’Amérique du Nord sont répartis en trois espèces. Ces mouflons sont trapus, courts sur pattes et peuvent peser plus de 160 kg.

Moufloniformes

Ce sont les mouflons du Proche Orient et du bassin méditerranéen (Ovis gmelini) qui comprennent quatre sous-espèces.
Ils sont les plus petits des Ovis sauvages. Les femelles ne sont pas systématiquement cornues et dépassent rarement 90 cm au garrot pour un poids maximal de 80 kg. Le mouflon de Corse mesure en moyenne 75 cm au garrot et pèse environ 50 kg.

Vidéo retirée suite à menaces

Une vidéo diffusée par Youtube, donc d’accès public, a été publiée durant plusieurs semaines à cet emplacement. Son sujet : Une femme chassant le mouflon à l’arc, sur les massifs du Caroux et de l’Espinouse.

L’intéressée vient de m’adresser un message pour protester contre cette publication, estimant, entre autres, que le texte écrit ci-dessous (et dont je ne retire pas une virgule) est une incitation à la haine. Je cite : « …vos textes et déclaration contre la chasse et qui reprennent mon image sous forme de vidéo sont une incitation à la haine, une loi nous protège, nous chasseurs contre ce genre d’agissement !… »

Et de me menacer d’un lot de représailles : « …Je vous demande de retirer immédiatement ma vidéo de votre page, et ce dans un délai rapide, dans le cas contraire, je me verrais dans l’obligation de porter plainte contre vous pour diffamation, utilisation frauduleuse de ma propriété, violation de mon droit à l’image et ce dans les diverses administrations compétentes et relative aux infractions commises. Prenez note également que la Fédération de Chasse, l’ONF et ONCFS seront avertis. »

J’invite très vivement cette personne à bien s’informer sur les conséquences d’une diffusion de vidéo sur Youtube, à mesurer le bon poids de ses actes et, surtout, de ses écrits.

La vidéo « discutée » est retirée de ce site Internet non pas pour m’éviter ces tourments dont je suis menacé mais, plus prosaïquement, pour éviter de me taper le front contre le mur de l’égotisme et de l’ignorance. Une souffrance sociétale supplémentaire qui n’échappera à personne…

JMH

Goliath
contre
David
ou la
pratique
de l’un des
« innocents »
plaisirs
humains

Le mouflon a-t-il un avenir en montagne du Haut Languedoc ?

Initialement importé de Corse (lire plus haut), le mouflon du Haut Languedoc ne prospère plus guère sur la montagne. C’est la conséquence de coupes sombres taillées à répétition dans le troupeau par la pratique excessive de différents moyens de chasse (carabine, fusil et arc notamment) qualifiés d’ « outils de régulation » par ceux-là même qui, en principe, devraient en être les protecteurs. Désormais séduits par la « notoriété » de quelques chasseurs fortunés.

En Haut Languedoc, la vie d’un mouflon, surtout celle d’un mâle adulte porteur malgré lui d’un « trophée », ne pèse rien comparée au poids de l’argent et à son pouvoir de séduction.

Comment peut-on ignorer à ce point cet autre intérêt que constitue la présence du mouflon dans un Haut Languedoc dont il est devenu l’un des plus forts symboles ? Comment peut-on avoir mis dans sa poche, et une pile de mouchoirs par-dessus, les motifs de son implantation ? Comment peut-on favoriser à ce point la tuerie (ne pas y assimiler la chasse raisonnée) au détriment de l’économie touristique ? Etc… Se tirer une balle dans le pied ne doit pas, apparemment, causer grande souffrance à certains élus de la montagne.

NON aux OGM et aux PESTICIDES
OUI à une agriculture naturelle
« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pâle s’apercevra que l’argent ne se mange pas… »
(Sitting Bull  1831-1890)
error: Désolé ! Ce contenu est protégé